La méthode originelle

Réunion OMS sur l’auriculothérapie en 1990 organisée conjointement par le GLEM et l’OMS.

Paul Nogier était lyonnais. C’est à Lyon qu’il a formé une école à part entière et c’est au GLEM qu’on retrouve ses élèves. C’est encore à Lyon, dans les locaux de l’Hôtel de Ville que s’est déroulée la réunion de standardisation de la nomenclature auriculaire. Cette réunion de l’OMS où Paul Nogier et Hiroshi Nakajima, directeur général de l’OMS étaient présents, était co-organisée par le GLEM.

Aujourd’hui, dans une ambiance confraternelle et amicale, les anciens transmettent aux nouveaux ce qu’ils ont reçu de leur Maître. C’est l’esprit du GLEM.

Il existe en France et dans le monde d’autres enseignements d’auriculothérapie mais aucun d’entre eux ne peut se prévaloir de la richesse qui caractérise celui du GLEM.

Lhistoire de lauriculothérapie 

Docteur Raphaël NOGIER

GLEM, 49 rue Mercière, 69002 Lyon France

Copyright : R. Nogier, Mai 2020

Résumé :

L’auteur décrit l’histoire de la découverte de l’auriculothérapie par Paul Nogier (1908-1996), à la lueur des données les plus récentes.

Mots clés :

Auriculothérapie, cautérisation auriculaire, Lagrelette, Barrin, Joseph Malgaigne, Pierre-François Percy, Paul Nogier, acupuncture auriculaire, réflexothérapies, somatotopie auriculaire, détection électrique, fréquences de Nogier, RAC, VAS, pouls radial, cartographies auriculaires.

Introduction

L’auriculothérapie qui consiste à stimuler des points d’oreille à des fins thérapeutiques est une méthode française dont les racines remontent loin dans la tradition médicale européenne. Si le médecin français Paul Nogier (1908-1996) en est l’inventeur et le promoteur, il n’en reste pas moins que l’on retrouve çà et là dans l’histoire européenne, des exemples d’utilisation de l’oreille pour soigner les douleurs du crâne, de la face et aussi de sciatique. Il aura fallu plusieurs siècles pour qu’un médecin essaye de comprendre pourquoi certains guérisseurs obtenaient des résultats thérapeutiques intéressants avec des stimulations de points auriculaires.

L’histoire exacte de l’auriculothérapie est restée obscure pendant longtemps. Nous la connaissons  depuis peu. De nombreux articles ne reposant pas sur des bases confirmées ont attribué à tort la découverte de la somatotopie auriculaire à des cultures anciennes. C’est la lecture récente d’un livre sur le traitement de la sciatique, écrit en 1869 par P.A. Lagrelette (2), qui a permis à l’auteur de cet article de préciser et de confirmer les racines occidentales de l’auriculothérapie à travers l’histoire des cautérisations.

Les cautérisations auriculaires, racines de lauriculothérapie

Les racines de l’auriculothérapie sont très anciennes.

C’est Hippocrate (460-380 Av J.C) (1), qui sans le savoir est à l’origine de la découverte de cette méthode. Il recommandait en effet les cautérisations pour traiter certaines pathologies. Un de ses derniers aphorismes précisait que les maladies qui ne sont pas curables par la médecine, le sont par la chirurgie, celles qui ne sont pas curables par la chirurgie le sont par le feu (cautérisations), celles qui ne sont pas curables par le feu ne sont pas curables du tout (1)(Aphorismes section VII, n°87).

On le voit, Hippocrate plaçait la cautérisation en haut de l’échelle thérapeutique et la considérait comme la thérapeutique de choix quand tout avait échoué.

La cautérisation était donc une technique de soin connue et enseignée par les médecins depuis Hippocrate. On retrouve cette pratique tout au long de l’histoire de la médecine. Au Moyen Âge, au Xème  siècle, à Cordoue, en Espagne musulmane, Albucassis utilise la cautérisation (3). Au XVIème siècle, Ambroise Paré décrit lui aussi la cautérisation pour stopper les hémorragies (4). Au XIXème siècle, nous retrouvons de nombreux médecins qui la pratiquent autour de la Méditerranée. Le docteur Percy, chirurgien-général sous Napoléon, utilise les cautères sur les champs de bataille (5).

Les indications de la cautérisation étaient larges : hémostase, nettoyage des plaies, traitement des abcès. Mais aussi, on pratiquait les cautérisations pour lutter contre la douleur. Dans ce cas, la cautérisation était effectuée loco dolenti [1]. Une douleur de l’épaule se traitait par une cautérisation de la région de l’épaule. Une douleur de la hanche par une cautérisation de la région de la hanche.

« Les douleurs fixées opiniâtrement sur une partie, lorsqu’elles avaient résisté à tous les autres moyens curatifs, exigeaient la cautérisation. Hippocrate la recommande. Il conseille de brûler du lin cru dans l’affection sciatique sur le lieu où la douleur se fait sentir »

Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers 1772 Volume 39 page 578 (6)

De nombreux auteurs décrivent des procédés de cautérisation pour traiter les douleurs sciatiques.

Selon Cotugno, Paul d’Egine au VIIème siècle, qui avait une grande expérience dans le traitement de la sciatique par cautérisation recommandait de cautériser un point situé au-dessus de la cheville. D’après Jean Zecchius, il fallait appliquer le cautère un peu au-dessous du genou, à la partie externe du côté malade (2).

Dans la chirurgie d’Albucasis (traduction du Dr Leclerc, Paris 1861, p 41), il est précisé qu’ « on cautérisera trois fois à la hauteur de la hanche avec un cautère en forme d’olive, en disposant triangulairement les trois cautérisations. La distance entre chacune d’entre elles sera de l’épaisseur d’un doigt. De plus, on fera une cautérisation au point de l’articulation, ce qui fait quatre. Si la maladie s’étend à la cuisse et à la jambe, il faut cautériser deux fois à la cuisse sur le trajet indiqué par le malade et une fois dans une étendue de quatre doigts, au dessus du tendon d’Achille » (2).

On cautérisait donc sur le lieu de la douleur mais il existait des exceptions. C’était le cas pour les migraines, les douleurs de la face et les névralgies dentaires, et pour cause ! Il était en effet difficile pour ne pas dire impossible de cautériser le crâne, la joue ou la mâchoire, alors on cautérisait la région accessible la plus proche de la face et du crâne : c’était l’oreille. On appliquait un cautère sur la partie haute de l’oreille pour la migraine et sur la partie postérieure pour les douleurs dentaires. Ces pratiques sont confirmées par Valsalva (7), célèbre pour ses travaux d’anatomie, qui observe dans ses dissections, de nombreuses cicatrices de cautérisation derrière l’oreille, pratiquées par les guérisseurs de son époque pour lutter contre les névralgies dentaires.

Très près de nous, dans son livre Pyrotechnie chirurgicale pratique publié en 1811, Pierre-François Percy décrit comment cautériser l’antitragus en cas de douleurs dentaires (5).

Ruys (Journal de médecine et de chirurgie pratiques, 1851, p.100) nous apprend, dans les Archives belges, que la cautérisation de l’oreille est d’usage traditionnel dans les campagnes flamandes. La femme d’un bourgmestre lui montra un instrument qu’elle employait depuis vingt ans sur les gens de sa maison pour les rages de dents ou les névralgies faciales. Elle tenait ce secret du maréchal-ferrant du village, et lui-même en avait hérité de ses aïeux. (2)

Faisant référence à Hippocrate, on comprend aisément aujourd’hui avec notre esprit rationnel qu’on puisse cautériser l’oreille pour des douleurs de la face et du crâne. Cependant, il est curieux pour ne pas dire surprenant de constater qu’au XVIIème siècle en Europe, on utilise les cautérisations auriculaires pour traiter les sciatiques, ce qui n’est pas logique puisque l’oreille est très éloignée du membre inférieur. Voici ce que nous apprend Bonetus en 1682 :

« J’ai vu certains empiriques, dans le traitement de toutes les sciatiques, brûler avec le cautère cette partie interne de l’oreille où un repli du cartilage forme une espèce de petite tumeur, et plusieurs d’entre eux obtenir des succès; la raison en est que, dans beaucoup de sciatiques, il s’écoule de la tête une matière qui se trouve interceptée par la cautérisation de l’oreille ». (2)

La question qu’on peut se poser est pourquoi en est-on venu à cautériser l’oreille pour les sciatiques ? Nous n’avons pas de réponse. On peut simplement imaginer qu’un jour un patient souffrant en même temps de migraines et de sciatique a été soulagé d’une sciatique suite à une cautérisation auriculaire destinée à le traiter pour une migraine et que, par la suite, on a utilisé le même procédé pour traiter les sciatiques. La médecine se construit parfois sur des heureux hasards.

En France, durant des siècles, les guérisseurs cautérisaient donc les oreilles pour traiter les sciatiques, sans doute à l’insu des autorités médicales.

C’est une lettre du docteur Luciana, de Bastia en Corse, lettre insérée dans le Journal des Connaissances médico-chirurgicales de mai 1850 qui alerte le monde médical sur les pratiques des guérisseurs.(8) Le docteur Luciana y décrit la technique des maréchaux de Corse qui guérissent la sciatique en cautérisant avec un fer rouge un point de l’oreille externe du côté homo-latéral à la douleur. Cette publication a un grand retentissement. Le Professeur Joseph Malgaigne de Paris, étonné des résultats obtenus par les guérisseurs corses essaye de pratiquer lui-même les cautérisations à l’hôpital Saint-Louis et s’aperçoit que ce procédé est remarquablement efficace pour le traitement de la sciatique, à tel point qu’il convie ses confrères à assister aux séances de cautérisation (9). C’est ainsi que Charles-Édouard Brown-Séquard, père de la neurologie moderne et scientifique mondialement reconnu a relaté ce moyen dans une leçon faite à l’ouverture des leçons médicales, à l’Université de Harvard (USA) le 7 novembre 1866  (10) :

« Je me rappelle le rire bruyant qui courut parmi le monde médical en France, quand on annonça que, depuis des siècles, la sciatique avait été traitée, dans l’île de Corse, par la cautérisation de l’hélix de l’oreille. Mais un homme de courage et d’un esprit indépendant, le professeur Malgaigne, reconnut comme un fait positif, que l’application du fer chauffé au rouge blanc à l’hélix de l’oreille guérissait quelquefois la sciatique ».

La guérison selon le professeur Brown-Sequard, avait lieu par action réflexe. 

Cet engouement pour les cautérisations auriculaires se répandit même en Italie où le docteur Jose Finco rapporte avoir traité 48 cas de sciatique par la cautérisation de l’oreille; dans 30 cas, l’opération réussit complètement; dans 10 elle réussit partiellement et échoua dans 8 cas.  (11).

Le Pr Joseph Malgaigne, pour aussi ouvert et intelligent qu’il fût, ne poussa pas plus loin ses travaux sur la cautérisation auriculaire d’autant qu’un de ses confrères le célèbre et influent Professeur Duchène Boulogne exprimait ouvertement ses réserves devant cette technique médicale. Les publications sur cette question se tarirent donc et dans le milieu universitaire plus personne ne parla du traitement de la sciatique par cautérisation auriculaire pendant près d’un siècle. 

Une guérisseuse de Marseille inspire un médecin lyonnais atypique : la découverte de la somatotopie auriculaire.

Cent ans plus tard, environ, en 1951, Paul Nogier, médecin à Lyon (France), reçoit un patient qui présente une petite cicatrice rouge et luisante sur l’oreille. Le patient lui raconte avoir souffert pendant de nombreux mois d’une sciatique rebelle à tout traitement chimique et lui signale qu’il a été complètement libéré de son mal par une guérisseuse de Marseille, madame Barrin, dont le traitement a consisté à cautériser un point d’oreille avec une tige métallique chauffée à blanc. En quelques heures, le malade a été soulagé d’une douleur pour laquelle il avait tout essayé. Quelques semaines plus tard, un autre patient, porteur d’une cicatrice similaire sur l’oreille lui raconte la même histoire en disant qu’il a été très soulagé par cette femme de Marseille. Paul Nogier en entendant ces deux histoires se demande pourquoi et comment une brûlure d’un point d’oreille peut soulager une douleur sciatique. Il commence alors à se passionner pour les pavillons d’oreille. (12)

Paul Nogier est un médecin atypique.

Au sortir de ses études secondaires, il n’a pas opté directement pour la médecine et s’est dirigé d’abord vers l’École Centrale de Lyon où il a appris durant trois ans le métier d’ingénieur. C’est seulement après qu’il se lance dans la médecine à la faculté de Lyon. C’est donc avec les yeux d’un physicien qu’il découvre la physiologie, la pathologie et toutes les matières médicales (13). À son époque, la médecine tournée vers la chimie, s’appuie sur une idée dominante : à chaque maladie doit correspondre un traitement chimique.

La démarche de Paul Nogier, ainsi que celle d’un petit nombre de médecins de son époque, relève d’un tout autre raisonnement. Pour lui, les symptômes ou les maladies sont, avant tout, l’expression d’un mauvais fonctionnement de l’organisme. Aussi, est-il nécessaire, avant de s’attaquer aux symptômes, de rechercher le pourquoi de ce mauvais fonctionnement et ainsi le traiter. Cette démarche est celle de Claude Bernard dont les discours ont toujours souligné l’importance du système nerveux fonctionnel dans l’apparition des maladies organiques (34).

On comprend donc pourquoi à la sortie de la faculté, Paul Nogier se soit intéressé à l’acupuncture et la médecine manuelle, ce qui, à cette époque, nous étions pendant la guerre, relève d’un esprit fort et indépendant.

C’est donc à partir de 1951, suite aux cas soignés par Madame Barrin, la guérisseuse de Marseille, qu’il se penche sur l’oreille. Paul Nogier sait que le point utilisé par la guérisseuse de Marseille n’a jamais été décrit pas les acupuncteurs chinois qui n’ont jamais réellement développé des techniques de soin par des points auriculaires (14). D’un esprit expérimental, Paul Nogier essaye, lui aussi, les cautérisations du point « Barrin » pour soigner les douleurs sciatiques. Voyant des résultats positifs, il essaie les cautérisations pour traiter d’autres douleurs hanche, genou, épaule. Il s’aperçoit que la cautérisation de ce point ne soulage que les sciatiques. C’est alors qu’il émet l’hypothèse que le point Barrin correspond à la région anatomique lombo-sacrée (L5-S1) d’où émerge le nerf sciatique (12).

Partant de cette hypothèse, il se demande si la partie saillante de l’oreille, l’anthélix, n’est pas la représentation de toute la colonne vertébrale. Il entrevoit peu à peu que l’oreille externe possède des propriétés réflexes exceptionnelles et que chacun des points du pavillon est en correspondance avec une partie spécifique du corps. Il constate que le corps humain se dessine sur l’oreille. Le lobule en bas correspond à la tête, la conque au centre est en correspondance avec le thorax et l’abdomen, la partie cartilagineuse, l’anthélix correspond à la colonne vertébrale. L’oreille ressemble à un fœtus, tête en bas

Les travaux de Paul Nogier sur la réflexothérapie auriculaire

Pour mener à bien ses travaux, Paul Nogier utilise un matériel rudimentaire, un palpeur à pression qu’il a fabriqué lui-même à l’aide d’un stylo à bille Bic dont il a retiré la cartouche d’encre et dont il a relié la pointe directement au ressort. Il peut ainsi rechercher les points douloureux de l’oreille car il s’est aperçu que lorsqu’une partie du corps était douloureuse, le point correspondant à l’oreille devenait lui-même douloureux à la pression (12). L’oreille est en quelque sorte un petit tableau de bord sur lequel on peut rechercher des points sensibles. Armé donc de son palpeur à pression, il étudie l’oreille de ses malades à la recherche de points sensibles pour les mettre en correspondance avec les douleurs dont se plaignent les malades. C’est ainsi qu’il est en mesure après quatre ou cinq ans de localiser sur l’oreille la correspondance de la colonne vertébrale, des membres supérieurs et inférieurs et dessiner ainsi l’ébauche d’une cartographie d’oreille. C’est la première étape de son travail qu’il publie en 1956. Cette publication sera traduite d’abord en allemand puis paraîtra dans la revue chinoise de Shangaï introduisant fidèlement l’auriculothérapie en Chine continentale (14). Les acupuncteurs chinois développeront à partir de cet article l’acupuncture auriculaire qui n’existait pas auparavant (14).

Jusqu’en 1963, Paul Nogier poursuit ses recherches et affine ses cartographies. Il se heurte cependant à un écueil de taille pour trouver les correspondances des organes sur l’oreille. Seuls les organes douloureux créent, en effet, un point sensible sur l’oreille. Les organes malades non douloureux ne donnent pas, quant à eux, d’informations douloureuses sur l’oreille. Or, beaucoup d’organes, même s’ils ne fonctionnent pas correctement ne sont pratiquement jamais douloureux : la thyroïde, les surrénales, le foie, les reins etc. C’est pour cela que Paul Nogier éprouve d’énormes difficultés à terminer ses cartographies :

«La première exigence pour qu’une maladie d’organe soit utilisable pour l’identification d’un point réflexe est qu’elle s’exprime par une algie nettement définie, caractéristique de l’affection, et susceptible d’être objectivée par le toucher, par pression, le mouvement ou le froid. Dans ces conditions on doit trouver sur l’un des pavillons un point douloureux» (15).

Ce sont les découvertes d’un Français, le docteur J. Niboyet qui vont permettre de débloquer la situation. Niboyet a en effet découvert que les points d’acupuncture répartis sur le corps ont un comportement électrique particulier et qu’il est possible de les repérer avec des appareils électroniques mesurant la résistance de la peau. La peau présente une résistance électrique plus faible sur les points d’acupuncture (16). S’inspirant alors du travail de Niboyet, Paul Nogier va constater que sur l’oreille il existe aussi des points de moindre résistance électrique. Cette découverte va lui permettre de découvrir sur l’oreille des localisations d’organes.

Nous savons aujourd’hui qu’il existe sur l’oreille deux types de points. Certains sont douloureux lorsqu’il existe une douleur périphérique. D’autres sont électriquement perturbés, lorsque l’organe correspondant présente un trouble de fonctionnement (17)(18). Il suffit donc, à l’aide d’un simple détecteur à pression et d’un appareil mesurant la résistance, d’explorer l’oreille à la recherche de points douloureux ou électriquement perturbés pour avoir une idée à peu près exacte sur les pathologies et savoir si elles sont organiques ou fonctionnelles. Après plusieurs années d’études, Paul Nogier affine ses recherches et publie des cartographies très précises montrant la place des différentes parties du corps sur l’oreille externe. L’auriculothérapie est née (19)(29)(30)(31)(32). En 1969, Paul Nogier publie le premier livre sur cette méthode : Le traité d’auriculothérapie.

Le pouls radial à l’aide de l’auriculothérapie

Poursuivant ses recherches, Paul Nogier découvre en 1966 un nouveau phénomène qu’il appelle le RAC (réflexe auriculo cardiaque) (19)(20). Il constate qu’une pression exercée sur certains points d’oreille déforme momentanément le pouls radial. Le rythme des pulsations cardiaques ne varie pas mais le pouls devient plus ou moins dur durant deux ou trois pulsations. Ce phénomène artériel, fin, délicat, difficile à étudier, perceptible manuellement sur l’artère radiale a été ensuite appelé VAS, vascular autonomic signal, en français le signal vasculaire. Il va de soi qu’il est nécessaire de s’exercer longuement pour ressentir ces minimes variations du pouls.

Cette étrange découverte va amener Paul Nogier à étudier les effets de nombreuses stimulations sur l’oreille. Tout en prenant le pouls de ses malades à la recherche du signal vasculaire, il stimule les zones de l’oreille par le toucher, des vibrations, des ondes sonores. Mais c’est surtout, l’action des ondes électromagnétiques qu’il étudie. Avec des appareils de plus en plus perfectionnés, il cherche à comprendre pourquoi certaines ondes électromagnétiques projetées sur l’oreille déclenchent un signal vasculaire alors que d’autres n’en déclenchent pas. Il comprend que les points d’oreille sont sensibles à différences fréquences et qu’on peut, à l’aide de générateurs stimuler des fonctions précises.

L’originalité de la démarche de Paul Nogier est de préciser qu’on peut diviser la surface de l’oreille en sept zones bien précises qui sont sensibles à sept types de fréquences différentes (19).

Continuant sur sa lancée, Paul Nogier étudie les propriétés des fréquences qu’il a découvertes à l’aide du signal vasculaire (13)(21).

La fréquence A (2,28 Hz) stimule le travail cellulaire. Elle est utilisée pour traiter les pathologies inflammatoires et dégénératives.

La fréquence B (4,56 Hz) stimule les fonctions de pluri-cellularité : cohésion, cohérence, reconnaissance cellulaire. Elle est utilisée pour traiter les pathologies reliées à la nutrition, au système digestif, à l’immunité : les allergies, les maladies auto-immunes.

La fréquence C (9,12 Hz) stimule la contraction musculaire. On l’utilise dans les spasmes, les insuffisances sphinctériennes, la maladie de Parkinson.

La fréquence D stimule la symétrie (18,24 Hz) et est utilisée principalement dans les troubles de locomotion.

La fréquence E stimule le fonctionnement de la moelle (36,5 Hz) et est utilisée pour les troubles douloureux et certaines maladies de la moelle.

La fréquence F (73 Hz) stimule le sous cortex. Cette fréquence est utilisée très largement pour le traitement des troubles de l’alimentation, les troubles endocriniens, troubles des règles, du cycle, de la ménopause.

La fréquence G (146 Hz) stimule le cortex et permet de traiter les affections psycho-somatiques.

Aujourd’hui, on parle de huit fréquences. En effet nous avons mis en évidence une nouvelle fréquence appelée L (276 Hz) car elle agit sur les troubles de latéralité et de l’apprentissage : dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, bégaiement.

Toutes ces fréquences peuvent être utilisées pour traiter les points d’oreille.

Durant plusieurs années, Paul Nogier mène des travaux sur cette question. Entouré d’une équipe de confrères passionnés, il jette les bases d’une méthode nouvelle. Tout en prenant le pouls de son malade, le médecin projette sur son oreille des lumières colorées, des fréquences bien spécifiques et observe quelles sont celles qui induisent un signal vasculaire. Cette technique permet dans un premier temps de faire des diagnostics, et dans un deuxième temps de proposer un traitement. C’est pour cela que le terme d’auriculomédecine a été proposé pour dénommer cette méthode (21). Paul Nogier a ensuite regretté ce terme réducteur car le signal vasculaire peut être déclenché par des stimulations cutanées hors de l’oreille ou des stimulations émotionnelles.

L’auriculothérapie, une méthode médicale

Évidemment, faut-il le préciser, l’auriculothérapie n’est pas une panacée. Il ne s’agit pas, lorsqu’on la pratique de négliger la Médecine enseignée en faculté et de la sous-estimer. Ceux qui pratiquent l’auriculothérapie se doivent d’être rigoureux dans l’examen clinique de leur malade et revenir toujours aux bases de notre métier : interrogatoire, inspection, palpation, percussion, auscultation. Les techniques développées par Paul Nogier, loin d’être en opposition avec la tradition médicale, se placent, à mon avis, dans la continuité des travaux des séméiologistes du XIXème siècle. Elles nécessitent cependant de nombreux travaux en biologie, en biochimie pour les valider scientifiquement.

Paul Nogier, dans son avancée rapide, a soulevé beaucoup d’idées nouvelles dont toutes ne sont pas de qualité identique, certaines étant d’ailleurs contradictoires. Durant ces quarante années d’enseignement, combien d’affirmations et combien de démentis n’a-t-il pas formulés pour arriver à bâtir sa méthode !

Un certain nombre d’élèves de Paul Nogier tels que les docteurs Michel Marignan, Yves Rouxeville, Anthony de Sousa, Chantal Vulliez, oeuvrèrent à élaguer les branches inutiles pour mettre en valeur les découvertes essentielles de leur patron et orienter l’auriculothérapie vers la validation scientifique. Le docteur Michel Marignan d’Aubagne, scientifique de formation, attaché au CNRS, travailla sur des sujets fondamentaux comme la thermographie de l’oreille, l’enregistrement graphique du VAS (22). Il prouva que lorsqu’on chauffe une partie du corps, le bras par exemple, certaines parties très ponctuelles de l’oreille ont une diminution significative de température tandis que d’autres ont au contraire une augmentation. Cet effet paradoxal laisse supposer que le pavillon auriculaire est impliqué dans la thermorégulation du corps. Le docteur Anthony de Sousa développa des théories passionnantes sur l’hémodynamique du signal vasculaire, Chantal Vulliez, stomatologiste, réalisa également de nombreuses études sur le signal vasculaire et les fréquences.

Récemment, a été publié un superbe livre du docteur Claudie Terral de Montpellier, traitant des points d’oreille et des points d’acupuncture (23). Cette chercheuse démontre l’existence physique des points d’oreille appelés aujourd’hui complexes neuro-vasculaires (CNV). Ces complexes, étudiés en histologie par le docteur Odile Auziech, semblent intervenir dans la thermorégulation du corps (24)(27). Le pavillon auriculaire serait truffé de petites « sondes » impliqués dans le contrôle de la température des organes. Ces CNV ont une taille qui varie selon les différents territoires de l’oreille (24).

Maladies fonctionnelles et auriculothérapie

Il est important de différencier les maladies fonctionnelles et les maladies organiques. On parle de maladie organique quand un organe du corps est anatomiquement atteint. On parle en revanche de maladie fonctionnelle lorsqu’il n’existe aucune lésion visible mais que l’organe ne fonctionne pas correctement. Cela représente environ quatre-vingts pour cent des causes de consultations. Le système neuro-végétatif en est à l’origine.

La médecine universitaire est démunie devant ces maladies et sa seule arme est la prescription de médicaments qui vont diminuer la plainte du malade sans diminuer le trouble.

Certaines méthodes médicales réflexes sont pourtant très efficaces pour modifier et réguler le fonctionnement des organes. C’est le cas de l’acupuncture, de l’auriculothérapie, de la médecine manuelle, des massages. Les effets positifs de ces méthodes simples et pratiquement sans danger, sont explicables par les fabuleuses propriétés de la peau. Des médecins comme Henri Jarricot, Head, Niboyet et bien sûr Paul Nogier, ont compris que lorsqu’un organe fonctionnait mal, les caractéristiques physiques de la peau étaient modifiées. Par de multiples connexions nerveuses, le revêtement cutané est relié aux viscères. En recherchant sur le revêtement cutané des douleurs, des empâtements, des troubles de pigmentation, des troubles de la conduction électrique et des troubles de photoréception grâce au signal vasculaire, on peut suspecter des dysfonctionnements de certains organes et les traiter en piquant, massant, stimulant par des couleurs ou des fréquences. La peau est le reflet des organes et son étude minutieuse permet de recueillir de très précieuses informations.

C’est le principe des réflexothérapies (25)(16).

Conclusion :

En 1951, Paul Nogier a commencé des travaux scientifiques sur le pavillon de l’oreille à partir de l’observation d’une sciatique guérie par cautérisation auriculaire. À partir d’une technique isolée que pratiquait des guérisseurs, il a bâti une véritable méthode qui repose sur trois découvertes fondamentales : la somatotopie auriculaire, le signal vasculaire (RAC/VAS), les fréquences des stimulations.

En 1990, lOMS organisait à Lyon un groupe de travail sur la standardisation de la nomenclature des points d’oreille. Cette importante réunion faisait suite à deux autres réunions, l’une à Séoul en 1987, l’autre à Genève en 1990. Quarante ans après la première observation de Paul Nogier, l’auriculothérapie était reconnue sur le plan international (33).

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34) BERNARD Claude : Introduction à la médecine expérimentale. Éditions Baillière et Fils 1865

[1] Loco dolenti : sur le lieu de la douleur

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