Résumé
Nous avons étudié l’influence de l’auriculothérapie sur l’évolution à six mois des différents items du Mini Mental Test (M.M.S.) de 15 sujets âgés de 76 à 90 ans et présentant un syndrome démentiel évolué.
Nous avons fait un choix limité mais à notre avis spécifique de trois représentations auriculaires réputées agissant sur les structures cérébrales communément atteintes dans les syndromes démentiels : corps calleux, noyau vestibulaire et hippocampe, et effectué le traitement bilatéral mensuel des points électriquement détectables correspondants. L’étude des corrélations des items du M.M.S. entre J0 et J180 montre une forte liaison avec des R2 proches de l’unité, en particulier pour la mémoire et pour l’orientation. Le langage est très moyennement corrélé. L’apraxie qui participe de l’orientation en particulier dans l’espace est assez bien corrélée. On ne constate pas de corrélation pour l’attention et le calcul. Les deux groupes items orientation et mémoire sont d’autant mieux améliorés que l’on part d’un score moins dégradé.
Il apparaît donc selon cette étude la nécessité de traiter précocement par cette technique les symptômes de désorientation et de troubles de mémoire, dès leur apparition.
Afin de compléter cette étude, il serait intéressant de prolonger le suivi sur douze mois afin d’évaluer la persistance de l’effet constaté. De même, d’autres points auriculaires intervenant dans la structuration et l’appropriation de l’espace et du temps pourraient être testé.
Hypothèse
Les démences constituent un ensemble de maladies dont la fréquence augmente avec l’âge. C’est de nos jours un problème de santé publique lié au vieillissement de la population. Le syndrome démentiel est la base séméiologique des diverses démences. C’est un ensemble de signes traduisant une atteinte irréversible et progressivement globale du cerveau atteignant toutes les fonctions.
Le syndrome démentiel est « une diminution puis une perte de plusieurs fonctions cognitives avec perte d’autonomie et troubles comportementaux ».
Parmi ces symptômes cognitifs, les troubles de la mémoire, souvent présents au premier plan, doivent s’accompagner d’au moins un autre trouble cognitif pour pouvoir parler de syndrome démentiel, en particulier des troubles de l’orientation spatiale et temporelle, dans lesquelles le noyau vestibulaire et le corps calleux semblent être primordiaux.
Les démences sont souvent à la fois corticales (dégénératives type Alzheimer) et sous-corticales de cause vasculaire, avec ou pas un syndrome Parkinsonnien.
Sur l’imagerie par IRM cérébrale l’atteinte de l’hippocampe et de la région temporo-pariétale est fréquente.
Cela nous a conduit à un choix certes limité mais significatif de trois zones auriculaires réputées agissant sur ces structures : le corps calleux, le noyau vestibulaire et l’hippocampe.
Protocole de traitement
Le Mini Mental Test (ou State en anglais), (MMS), ou encore test de Folstein, permet une évaluation globale des fonctions cognitives. Il est de passation courte, de 5 à 10 minutes. Trente items cotés chacun sur 1 point sont proposés. L’orientation temporo-spatiale et le langage en occupent dix huit. Le reste du test évalue la mémoire immédiate, la mémoire différée, le calcul mental et les capacités visuo-constructives. Cette dernière est cotée sur 1, tandis que l’ensemble du test est noté sur 30.
Il faut tenir compte de normes en fonction du sexe, de l’âge et du niveau d’études.
Le MMS repose beaucoup sur le langage. Les patients ayant toujours eu des difficultés de calcul sont pénalisés. Il ne comporte pas d’évaluation des fonctions exécutives, pourtant précocement atteintes dans les démences. Il est reconnu comme utile pour le suivi des patients.
Pratique et bien connu du corps médical, nous l’avons retenu pour mesurer l’effet d’un traitement par auriculothérapie sur les 3 zones pré-citées. Le MMS est fait à J0 et à J180 par une personne différente pour le même sujet testé. Nous traitons tous les mois en bilatéral au niveau auriculaire les points détectés sur ces zones (corps calleux, noyau vestibulaire et hippocampe) à l’aide d’aiguilles semi permanentes. Les aiguilles sont progressivement rejetées par la peau, elles restent en place entre trois et quinze jours.
Notre étude a porté sur quinze personnes, âgées de 76 à 90 ans, douze femmes et trois hommes.
Pour le recrutement des personnes nous n’avons pas fait de sélection quant à un diagnostic précis tendant à faire la part entre le dégénératif et le vasculaire. Au demeurant les deux aspects s’associent souvent. Nous sommes resté sur la notion de syndrome démentiel quel que soit le stade d’évolution du tableau clinique.
Fig. 1 Tableau résumé des MMS pratiqués.
Fig. 2 Représentation auriculaire des points traités
Résultats
L’étude des corrélations des items entre J0 et J180 nous montre une forte liaison avec des R2 proches de l’unité, en particulier pour la mémoire et pour l’orientation. Le langage est très moyennement corrélé. L’apraxie qui participe de l’orientation en particulier dans l’espace est assez bien corrélée. On ne constate pas de corrélation pour l’attention et le calcul. Le MMS côté sur 30 est constamment amélioré avec un bon coefficient R2. Voir tableaux ci-dessous.
Fig. 1 Tableau résumé des MMS pratiqués.
Fig. 2 Représentation auriculaire des points traités
Conclusions
Il semble donc que le traitement par auriculothérapie sur ces trois points ait une action nette sur le syndrome démentiel du sujet âgé. On peut en effet constater que si les résultats sont globalement bons, certains items se sont détachés, en particulier la mémoire (prise globalement : immédiate et de rappel) et l’orientation. Cela doit être rapproché du choix des points traités qu’en à leur spécificités admise sur les structures des commissures inter hémisphériques et sur l’hippocampe. L’échange d’information entre les deux hémisphères cérébraux et favorisé ainsi que la mémoire en particulier spatiale avec l’hippocampe. On remarquera que les MMS et les deux items orientation et mémoire sont d’autant mieux améliorés que l’on part d’un score moins dégradé. Les sujets (quatre dans notre étude) qui avaient une forme modérée à sévère, avec un score à J0 inférieur à 15 ont vu peu d’amélioration. Il faut noter que dans des études (Howard R) portant sur des formes sévères à MMS compris entre 3 et 13 des gains de 2 points sur une période de cinquante deux semaines sont considérés comme significatifs. A contrario les sujets déjà relativement performant ont réalisé les meilleures progressions. Il faut donc traiter tôt dès les premiers symptômes de désorientation et de trouble de mémoire, comme le suggère notre étude.
Discussion
Il serait peut-être intéressant de faire une étude sur douze mois afin d’évaluer la persistance de l’effet constaté. De même, d’autres points intervenant dans la structuration et l’appropriation de l’espace et du temps pourraient être testé.
Bibliographie
- DELAY ET BRION 1962 : J. DELAY, S. BRION, les démences tardives. Masson, Paris, 1962
- FOLSTEIN 1975 : M.F. FOLSTEIN, J. Psy.Res. 1975, n° 12, p.189-98
- HOWARD R, et Al. « Donepezil and memantine for moderate –to-severe Alzheimer’s desease » N Eng J. Med. 2002 p.893-903
- JOYAUX 1970 : Julia JOYAUX, le langage cet inconnu. Editions S.G.P.P. 1970
- Collection le point de la question, directeur Paul Alexandre
- LECHEVALLIER 2004 : M. LECHEVALLIER, Rev. Neurol. 2004, Paris, n° 160, p. 1059- 1070
- MAURER 1999 : Konrad MAURER, Alzheimer vie d’un médecin, histoire d’une maladie. Editions Michalon, 1999
- SIGNORET et HAUW 1991: J.-L. SIGNORET, J.-J. HAUW, Maladie d’Alzheimer et autres démences. Flammarion, Paris, 1991, 511p.
